Violences

Etat des lieux des violences faites aux femmes

Les violences subies par les femmes constituent l’une des violations des droits humains les plus répandues dans le monde.  

L’Assemblée générale de l’ONU a adopté en 1983 la Déclaration sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes, qui est le premier texte qui a pour but d’assurer une protection uniquement réservée aux femmes. Cette déclaration consacre une reconnaissance internationale du fait que les violences à l’égard des femmes constituent une violation des droits de l’Homme et une forme de discrimination à l’égard des femmes. 

Elle définit la violence à l’égard des femmes comme tous les “actes de violence contre le sexe féminin, et causant ou pouvant causer aux femmes un préjudices ou des violences physiques sexuelles, ou psychologiques y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de la liberté, que ce soit dans la vie publique ou dans la vie privée”.  

Ces violences peuvent prendre des formes très diverses : violences domestiques, harcèlement, mariage précoce et forcé, mutilation génitale féminine, trafic d’êtres humains… Ces violences constituent la manifestation la plus aiguë des inégalités femme-homme.  

En 2024, les forces de sécurité intérieure ont enregistré en France 107 victimes de féminicides, 270 victimes de tentatives de féminicide et 906 femmes victimes de suicide ou tentative, à la suite du harcèlement infligé par (ex-) conjoint.  

En 2023, 277 000 femmes âgées de 18 ans et plus ont été victimes de viols, tentatives de viols ou agressions sexuelles. 54% de ces victimes déclarent que des agressions ont été perpétrées par une personne de leur entourage. Seules 7% des femmes victimes déclarent avoir déposé plainte. 

Les violences physiques

Les violences physiques sont les actes réalisés avec l’intention de blesser une personne physiquement ou de lui faire du mal. Elles englobent toutes les actions qui portent atteinte à l’intégrité physique d’une personne et peuvent se caractériser par des coups de poings, coups de pieds, pincements, brûlure, griffures, morsures, mutilation, utilisation d’objets ou d’armes … 

Ces violences peuvent engendrer des cicatrices, des maladies, des handicaps et peuvent parfois entraîner le décès, notamment dans le contexte des violences conjugales.  

Il est à noter que les violences exercées sur des objets ou du mobilier (frapper dans le mur, lancer un objet au visage, casser la vaisselle …) dans un accès de colère sont aussi considérées comme des violences physiques.  

Les violences verbales

Les violences verbales impliquent des mots ; toute parole excessive, grossière, insultante ou provocante es considérée comme de la violence. Ce sont des atteintes personnelles : des critiques, cris de rage, accès de colère, moqueries, insultes blessantes, reproches, sarcasme, surnoms humiliants…  

Elles peuvent être formulées en privé ou en public et peuvent viser la victime elle-même, son physique, sa religion, sa culture, son orientation sexuelle, sa langue, son handicap…  

La violence verbale est utilisée à des fins d’intimidations, d’humiliation ou de contrôle. Dans de nombreuses situations, l’agresseur dit à sa victime quoi penser, comment se sentir et refuse de voir ou de comprendre son point de vue. L’agresseur nie la réalisation et tente de garder sa victime confuse en brouillant son esprit et déformant la situation.  

  

Si la violence verbale est difficile à reconnaitre car « invisible” et difficile à reconnaître par les victimes, il n’en reste pas moins que ses effets sont tout aussi destructeurs, surtout lorsqu’elles sont prononcées de manière régulière, systématique. Elles constituent parfois d’ailleurs la première étape avant que les violences physiques n’apparaissent.  

Si le chantage, les reproches, les menaces ou encore l’ignorance peuvent apparaître comme de la violence verbale, ils relèvent plutôt de la violence psychologique.

Les violences psychologiques

Les violences psychologiques sont toutes formes de violence destinées à dévaloriser une personne, à la priver de toute son autonomie, à la convaincre de ses incapacités et de son infériorité par rapport à l’auteur des violences.  

Il s’agit de gestes, paroles, actes, écrits, … ayant pour effet d’affaiblir, de fragiliser et de blesser psychologiquement, d’isoler ou encore d’humilier la victime. 

Ce type de violences, aussi appelé violences émotionnelles en ce qu’elles dégradent la santé mentale d’une personne, réduisent l’estime et la confiance en soi, créent de l’anxiété et des troubles psychologiques, qui peuvent conduire à des crises de panique, voire des dépressions, assorties de cauchemars, et parfois de douleurs physiques.  

Quels sont les signes de violences psychologiques ?  
  • Le rabaissement, la dévalorisation, les moqueries, les insultes 
  • Le chantage affectif, la manipulation mentale  
  • La discrimination, l’exclusion, l’isolement, le rejet, l’ostracisme  
  • L’interdiction de sortir seul(e), de travailler, de s’habiller de telle ou telle manière, de parler, de se laver 
  • Le contrôle des rencontres, des messages, des activités…  

La violence psychologique est souvent exercée de façon répétée dans la durée. Depuis la loi du 9 juillet 2010, il existe un délit de violences psychologiques. Ces violences doivent être prouvées par la victime ; la preuve est libre et peut être rapportée par tout moyen. Il est important de rassembler les courriers, e-mails, sms, trace des appels.  

De plus, les témoignages de voisins, amis, collègues, famille ou associations peuvent être utiles pour attester le changement de comportement de la victime (perte de sommeil, perte de poids, angoisses, absences au travail, dénigrement de soi…). La personne victime peut également faire appel à un médecin qui évaluera la nature et l’ampleur de son trouble psychique, mais aussi des répercussions sur sa vie professionnelle, personnelle, familiale et sociale. 

En savoir + : l’abus de faiblesse 

Les violences économiques

Les violences économiques, très subtiles au départ, contribuent à l’emprise de l’agresseur sur sa victime et font en sorte que l’agresseur s’approprie les décisions économiques de la personne, crée une dépendance économique envers lui et affecte la capacité de la victime à subvenir à ses besoins de bases.  

En ciblant la vie économique de la victime, l’agresseur établit une relation de pouvoir et limite les choix de cette dernière à long terme.  

Les violences économiques, bien qu’elles puissent avoir lieu dans n’importe quelle situation, sont plus fréquentes au sein du couple. Les violences économiques au sein du couple correspondent à un état d’emprise financière d’un conjoint sur l’autre. Elles font partie des violences conjugales, et se caractérisent par un appauvrissement, un manque à gagner et/ou un contrôle financier subis par un des conjoints. 

Quelques exemples de violences économiques
  • Contrôler les dépenses et la gestion financière : critiquer les achats, surveiller les comptes de crédit de la victime, ridiculiser sa façon de gérer son argent  
  • Voler de l’argent : prendre de l’argent liquide sans permission, utiliser une carte de crédit sans consentement, utiliser l’argent d’un compte joint d’une façon qui ne respecte pas l’entente initiale, exiger de l’argent sous la contrainte ou la menace, emprunter de l’argent sous de faux prétextes ou sans intention de le rembourser 
  • Usurper l’identité de la personne : utiliser des informations connues de la victime afin de se faire passer pour elle, obtenir ses cartes de crédit, créer des dettes à son nom 
  • Limiter l’accès à l’information relative aux finances de la famille : mentir sur sa propre situation financière, dissimuler des revenus personnels, cacher des factures ou avis importants  
  • Contrôle la vie professionnelle : faire pression pour que la victime cesse de travailler, limiter son développement professionnel notamment en l’empêchant d’étudier ou en contrôlant les emplois auxquels elle postule, forcer la victime à travailler dans son entreprise pour peu/pas de rémunération, créer des problèmes professionnels, de l’absentéisme 
  • Utiliser l’argent pour contraindre la victime à rester dans la relation : menacer de se venger financièrement si la victime choisit de rompre la relation, de ne plus payer les dettes communes, de ne pas payer de pension, de quitter son emploi …  

Les violences sexuelles

Les violences sexistes et sexuelles sont des situations dans lesquelles une personne impose à autrui un ou des comportements, un ou des propos (oral ou écrit), à caractère sexuel, y compris via le numérique. Elles sont l’expression de la volonté de domination de l’auteur sur la victime. Les violences sexuelles regroupent différentes infractions : 

  • Le viol : tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit (buccale, vaginale, anale …), commis sur la victime ou sur l’agresseur (par le sexe, le doigt, un objet…) sans le consentement de la victime.  
  • Les agressions sexuelles : c’est un acte à caractère sexuel, sans pénétration, commis sans le consentement de la victime. Il peut s’agir par exemple de contact ou d’attouchement de nature sexuelle. 
  • L’administration de substance en vue de commettre un viol ou une agression sexuelle : le fait d’administrer à une personne à son insu, une substance de nature à altérer son discernement ou le contrôle de ses actes afin de commettre à son égard un viol ou une agression sexuelle.  

Les propos sexistes, les attouchements, les caresses non-consenties, le harcèlement sexuel ou encore le chantage sont des violences sexistes et sexuelles.

Notion de consentement : 

Le consentement doit être réciproque et mutuel. Si le consentement peut être formulé par des propos, des comportements, le silence ne vaut en revanche, pas acceptation. Si une personne n’est pas en mesure de donner son consentement (si elle dort, si elle est sous l’emprise de l’alcool ou de médicaments, qu’elle est mineure), c’est donc qu’elle refuse. 

Le consentement est temporaire, de telle sorte qu’il peut être donné puis retiré. De plus, il concerne un acte sexuel en particulier, et non l’intégralité des actes sexuels.  

Les violences gynécologiques et obstétricales

Les violences obstétricales sont les violences perpétrées par les soignants de manière individuelle ou collective (médecin, gynécologue, sage-femme, infirmier, anesthésiste, puériculteur…) pendant la grossesse, l’accouchement et le suivi post-partum. Les violences gynécologiques peuvent survenir tout au long de la vie.

Le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes a identifié six types d’actes sexistes durant le suivi gynécologique et obstétricale :  

  • Non prise en compte de la gêne de la patiente, liée au caractère intime de la consultation
  • Propos porteurs de jugements sur la sexualité, la tenue, le poids, la volonté ou non d’avoir un enfant, qui renvoient à des injonctions sexistes 
  • Injures sexistes 
  • Actes (intervention médicale, prescription, etc.) exercés sans recueillir le consentement ou sans respecter le choix ou la parole de la patiente 
  • Actes ou refus d’acte non justifiés médicalement 
  • Violences sexuelles : harcèlement sexuel, agression sexuelle et viol. 

L’excision et l’infibulation sont des mutilations génitales, et donc également des violences sexuelles. L’excision est une ablation du clitoris et parfois des petites lèvres pratiqués dans certaines cultures sur les jeunes femmes ou les petites filles. L’infibulation consiste à suturer la majeure partie des grandes et des petites lèvres pour empêcher tout rapport sexuel vaginal.

A noter : Tout examen gynécologique ne doit se faire qu’après avoir recueilli le consentement de la patiente. À tout moment de la consultation, la patiente est en droit de demander la raison d’un geste ou d’une question, ou de la refuser. De plus, les praticiens doivent adopter une approche respectueuse du corps des patientes, ce qui signifie une absence de jugement (concernant l’apparence physique, la sexualité, le poids, le désir ou non de grossesse…). 

Les violences conjugales

Les violences conjugales sont des violences exercées par l’un des conjoints sur l’autre, au sein d’un couple, s’inscrivant dans un rapport de domination et se distinguant des disputes conjugales entre individus égaux.

L’auteur et la victime peuvent être mariés, concubins ou pacsés. Les faits sont également punis, même si le couple est divorcé, séparé ou a rompu son PACS.

Les violences conjugales s’expriment par des agressions psychologiques (harcèlement moral, pressions, privations), verbales (insultes, menaces), physiques (coups et blessures), sexuelles (viol, attouchements) ou économiques (privation de ressources financières et maintien dans la dépendance) ou administratives (rétention des papiers d’identité), pouvant causer chez la victime des dommages psychologiques, physiques, un isolement social, voire la mort.

Pour aller plus loin

Bibliothèque

📚 Manuel d’action : en finir avec les violences sexistes et sexuelles

Caroline de Haas, Collectif “Nous Toutes”. Nous Toutes propose un manuel pour en finir avec les violences sexistes et sexuelles. Le manuel reprend les chiffres clés de la violence, la loi, les mécanismes, les mots banalisés et les numéros utiles. 

📚 Les violences contre les femmes

Maryse Jaspard. Socio-démographe, elle propose une analyse des violences faites aux femmes en fonction des enquêtes récentes sur la question.

Vidéos explicatives

⏯️ Tea Consent – Thé et Consentement

Graham Wheeler utilise la métaphore du thé pour sensibiliser sur le consentement.

⏯️ C’est quoi la sidération psychique ?

Draw my news explique de manière ludique l’effet de sidération psychique dont sont victime les femmes lors d’un viol ou d’une agression sexuelle. 

⏯️ Harcèlement sexuel au travail, comme se défendre ?

Draw my news explique à travers des dessins le harcèlement sexuel que peut subir une femme au travail par ses patrons, ses collègues, la hiérarchie et quels sont les recours possible.

⏯️ Vidéo conférence : Éduquer pour lutter contre les violences sexistes – Centre Hubertine Auclert

Le Centre Hubertine Auclert retranscrit des conférences avec des professionnels et des chercheurs autour de l’éducation ;  “Comment éduquer les garçons et les filles pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles ?”.

Podcasts

🎧 Violences faites aux femmes, un enjeu de société

France culture propose plusieurs podcasts sur la thématique du viol et le harcèlement sexuel, notamment à travers les actes de Gisèle Halimi, une avocate, militante féministe et femme politique franco-tunisienne.

🎧 Des hommes violents

Série de Podcast proposée par France Culture qui met l’accent sur les violences conjugales et les hommes violents mais également les hommes victime de violence.

🎧 Médiateur scolaire : déconstruire la violence du quotidien

Podcast sur la présentation et l’interview d’un médiateur scolaire qui explique les processus qu’il met en place pour lutter contre la violence du quotidien.